Comportements indésirables chez le chien : 10 conseils pour les corriger
Des comportements indésirables, tous les chiens en font. Ce qu'on appelle souvent un "mauvais comportement" est fréquemment un comportement tout à fait naturel et normal pour un chien, même si ça ne fait pas notre affaire. Heureusement, il existe des moyens assez simples de régler la plupart de ces comportements. Cela dit, il n'y a pas de baguette magique qui les fera disparaître en 30 secondes. Il faut s'impliquer dans l'éducation de son chien au quotidien, parfois pendant des jours, des semaines ou des mois, pour obtenir les comportements qu'on souhaite voir.
Voici 10 conseils pour vous aider.
1. Définissez le comportement souhaité
Ce sera toujours plus facile d'indiquer à votre chien le comportement que vous voulez voir que d'attendre qu'il en choisisse un lui-même. Par exemple, plutôt que de chercher à empêcher votre chien de sauter sur les invités, apprenez-lui à s'asseoir pour recevoir de l'attention. Plutôt que d'essayer de l'empêcher de voler de la nourriture dans la cuisine, apprenez-lui à attendre sur un tapis.
Cette approche s'appuie sur un principe bien établi en analyse du comportement, le renforcement différentiel d'un comportement incompatible ou alternatif : donner à son chien une tâche claire et positive à accomplir fonctionne mieux que de simplement chercher à faire disparaître un comportement. Trouvez un comportement incompatible ou alternatif à celui que votre chien produit, tout en restant réaliste dans vos objectifs.
2. Empêchez le comportement indésirable de se pratiquer (la gestion)
La gestion, c'est ce qu'on met en place en dehors des séances d'entraînement pour empêcher votre chien de produire le comportement indésirable, en attendant d'avoir eu le temps de le modifier adéquatement. Beaucoup de comportements indésirables sont autorenforçants, c'est-à-dire que le chien obtient satisfaction juste en les produisant, peu importe ce qui se passe après. Par exemple, si votre chien saute sur les invités et obtient leur attention (même négative selon nous), sauter devient payant pour lui. En le tenant en laisse à l'arrivée des invités, vous l'empêchez de pratiquer ce comportement.
Votre chien mange votre tapis d'entrée ? Si vous ne pouvez pas le surveiller, utilisez une laisse main libre attachée à vous, ou installez-le dans sa cage. Votre chien regarde constamment par la fenêtre à la recherche de quelque chose sur quoi japper ? Limitez l'accès à la fenêtre en dehors des moments d'entraînement.
Moins votre chien pratique son comportement indésirable, plus il sera facile de le modifier. Mais la gestion seule ne suffit pas : il faut aussi entraîner le comportement qu'on souhaite voir à la place, ce qui nous amène au point suivant.
3. Entraînez votre chien
Attendre qu'un comportement indésirable "passe" tout seul revient à espérer qu'il disparaisse sans jamais montrer d'alternative à votre chien. C'est le principe de l'extinction : privé de la conséquence qui le renforçait, un comportement finit par s'éteindre, mais ça peut prendre du temps, et ce n'est pas toujours réaliste selon le contexte.
Entraîner votre chien va généralement plus vite, en plus de travailler votre relation. Et ça n'a pas besoin d'être long : 5 à 15 minutes d'entraînement par jour peuvent suffire pour modifier un comportement. Ça peut même être trois séances de 5 minutes réparties dans la journée, tous les jours, et vous allez voir une différence rapidement.
C'est important de se rappeler que le chien est un opportuniste : il ira toujours là où c'est le plus payant pour lui. Si vous utilisez la gestion pour l'empêcher de produire ses comportements indésirables, et que vous lui montrez que les comportements que vous souhaitez sont payants, la modification sera d'autant plus rapide (voir notre article sur Comment structurer l'entraînement de son chien pour progresser plus vite ).
4. Soyez constant, en tout temps
Ça vaut autant pour la gestion que pour l'entraînement : la constance doit être de tous les instants. Ça peut sembler rigide, mais c'est ce qui fonctionne le mieux. Si votre chien peut monter sur le divan un jour, qu'il ne le peut plus le lendemain, mais qu'il le peut de nouveau le surlendemain, le comportement sera maintenu, parce qu'il reste payant de temps en temps. Convenez des règles en famille, et assurez-vous que tous les membres de la famille sont impliqués et au courant des décisions prises sur les comportements souhaités ou non.
5. Misez sur la relation, pas seulement sur l'obéissance
Amusez-vous avec votre chien. Oui, il peut être tannant par moments. Oui, parfois vous ne comprendrez pas pourquoi il réagit comme il le fait. Mais trouvez des activités qui vous font plaisir à tous les deux : sports canins, jeux de balle, tug, tours, randonnées, etc.
Une étude menée auprès de Labrador Retrievers a démontré qu'une séance de jeu de 30 minutes après une séance d'apprentissage améliorait la rétention de ce qui venait d'être appris, un effet encore mesurable 24 heures plus tard, et même un an plus tard dans une étude de suivi¹. Ce n'est pas une étude sur l'entraînement en général, mais elle appuie l'idée que les moments de jeu et de plaisir partagés avec votre chien ne sont pas juste agréables, ils peuvent aussi renforcer l'apprentissage.
Idéalement, toute la famille devrait être impliquée et avoir du plaisir à interagir avec le chien, ne serait-ce qu'un peu, dans sa vie de tous les jours. Il sera ainsi plus porté à écouter tout le monde, pas seulement une personne.
6. Comblez les besoins de base de votre chien (selon sa race et sa personnalité)
C'est très difficile pour nous de nous concentrer quand on a faim ou qu'on manque de sommeil, c'est pareil pour nos chiens. Pour qu'il puisse se concentrer sur ce que vous lui demandez, surtout au début des apprentissages, assurez-vous que ses besoins de base sont comblés : dépense d'énergie, besoins masticatoires, hydratation, etc.
Les besoins varient aussi beaucoup selon la race et les prédispositions de votre chien, et il faut trouver des activités qui leur permettent de les combler. Un Border Collie aura souvent davantage besoin de travail mental et de tâches à exécuter. Un Labrador carburera au jeu et à la rapport d'objets. Un Beagle aura besoin de sentir et de fouiner, un peu comme lors d'une promenade en liberté. Un chien qui aime pourchasser pourrait par exemple participer à des activités de course au leurre ou jouer au flirt pole. Une vaste étude publiée dans Proceedings of the Royal Society B a démontré que plusieurs traits comportementaux, comme la tendance à pourchasser, sont fortement héréditaires et varient de façon significative d'une race à l'autre². Respecter ces prédispositions naturelles, plutôt que de les combattre, rend l'apprentissage beaucoup plus facile.
7. Regardez bien son langage corporel et respectez-le
Nos chiens aussi ont de mauvaises journées. Parfois, ils ont vécu un stress qu'on n'a pas perçu. Parfois, ils ne nous comprennent pas, et ça les stresse. Si vous sentez que l'exercice est trop difficile pour votre chien dans le moment présent, écourtez la séance et terminez sur quelque chose de plus facile, sur une note positive, quitte à réessayer le lendemain. Vous pouvez aussi simplement diminuer la difficulté pour permettre à votre chien de réussir davantage, avant de reprendre votre progression.
Si votre chien est trop stressé, il sera beaucoup moins réceptif à l'apprentissage. Ce n'est d'ailleurs pas juste une impression : une étude menée auprès de chiens militaires a montré que ceux exposés à davantage de stimuli aversifs pendant l'entraînement présentaient de moins bonnes performances d'apprentissage³.
8. Prenez conscience de ce que votre chien sait vraiment
C'est une chose de connaître les commandes de base tout seul dans le salon, c'en est une autre dans un parc rempli de gens, avec un écureuil qui passe. La généralisation est un des aspects les plus difficiles de l'entraînement canin, et c'est normal que ça prenne du temps.
Augmentez la difficulté graduellement, et évitez de vous frustrer si votre chien n'écoute pas ou ne réussit pas dès que vous entamez une nouvelle étape plus difficile pour lui. Ce n'est pas qu'il régresse, c'est simplement une nouvelle étape d'apprentissage.
Il faut aussi comprendre que nos chiens reconnaissent souvent très bien les contextes d'entraînement, et savent ce qu'on attend d'eux à ces moments précis. Mais dans d'autres contextes, ils ne savent pas forcément qu'ils doivent produire les mêmes comportements. C'est à l'humain de guider son chien à travers cette généralisation des acquis, un contexte à la fois.
9. Assurez-vous que votre chien dort assez
Un chien qui dort suffisamment pourra beaucoup mieux assimiler ses apprentissages. Un chien adulte a généralement besoin d'environ 12 à 15 heures de sommeil par jour. Une étude publiée dans Scientific Reports a démontré que la performance des chiens à une tâche d'apprentissage s'améliore après une période de sommeil, un phénomène directement lié à la consolidation de la mémoire pendant le sommeil⁴. Votre chien a aussi besoin de moments où il ne fait absolument rien, sans stimulation, entraînement ou attentes envers lui.
10. Bien gérer les renforçateurs
C'est votre chien, et non vous, qui détermine ce qui a le plus de valeur pour lui : ça peut être une gâterie, un jouet, une activité, ou même simplement l'accès à quelque chose qu'il aime, comme sortir ou aller voir un autre chien. Choisissez vos récompenses selon ses préférences et selon la difficulté de ce que vous lui demandez : une gâterie ordinaire ne suffira pas pour un rappel en présence d'un écureuil.
Attention aussi au piège de la gâterie : varier les renforçateurs évite de dépendre uniquement de la nourriture, et garde votre chien motivé sur le long terme.
Évidemment, ces conseils, à eux seuls, ne résoudront pas de plus gros problèmes de comportement. Si vous sentez que la situation vous dépasse ou qu'un enjeu persiste malgré vos efforts, des cours de groupe et des consultations privées sont disponibles pour vous accompagner. Mais avec ces 10 conseils, vous aurez déjà une bonne base solide avec votre chien.
Questions fréquentes
Combien de temps ça prend pour corriger un comportement indésirable chez un chien ?
Ça varie selon le comportement, sa fréquence et depuis combien de temps il est pratiqué, mais avec de la constance et 5 à 15 minutes d'entraînement par jour, il est possible de voir des progrès en quelques jours à quelques semaines. Les comportements bien ancrés depuis longtemps prennent naturellement plus de temps à modifier.
Quelle est la différence entre la gestion et l'entraînement ?
La gestion consiste à empêcher le comportement indésirable de se produire, par exemple avec une laisse ou une barrière, sans nécessairement apprendre un nouveau comportement au chien. L'entraînement, lui, vise à enseigner activement le comportement souhaité. Les deux sont complémentaires : la gestion protège vos progrès pendant que l'entraînement les construit.
Combien d'heures de sommeil un chien adulte a-t-il besoin ?
Un chien adulte a généralement besoin d'environ 12 à 15 heures de sommeil par jour, réparties entre la nuit et plusieurs siestes. Ce nombre peut varier selon la race, le niveau d'activité et l'âge du chien.
Sources
1. Affenzeller, N., Palme, R., Zulch, H. (2017). Playful activity post-learning improves training performance in Labrador retriever dogs (Canis lupus familiaris). Physiology & Behavior, 168, 62-73.
2. MacLean, E.L., Snyder-Mackler, N., vonHoldt, B.M., Serpell, J.A. (2019). Highly heritable and functionally relevant breed differences in dog behavior. Proceedings of the Royal Society B, 286: 20190716.
3. Haverbeke, A., Laporte, B., Depiereux, E., Giffroy, J.M., Diederich, C. (2008). Training methods of military dog handlers and their effects on the team's performances. Applied Animal Behaviour Science, 113(1-3), 110-122.
4. Kis, A., Szakadát, S., Gácsi, M., Kovács, E., Simor, P., Török, C., Gombos, F., Bódizs, R., Topál, J. (2017). The interrelated effect of sleep and learning in dogs (Canis familiaris); an EEG and behavioural study. Scientific Reports, 7, 41873.