Comment structurer l'entraînement de son chien pour progresser plus vite

Comment structurer l'entraînement de son chien pour progresser plus vite

Que ce soit pour la réactivité, la fantaisie, l'obéissance, les sports canins ou un problème de comportement, structurer ses séances d'entraînement permet généralement de progresser plus vite que d'improviser. Attention, structurer ne veut pas dire qu'on ne s'amuse pas, ni que ça demande énormément de temps. C'est surtout de savoir où on s'en va, ce qu'on veut faire, et comment s'améliorer. Votre chien apprendra aussi sans suivre cette méthode à la lettre, il apprend au quotidien, même sans entraînement formel, mais structurer vos séances va vous aider à progresser plus vite et de façon plus prévisible.

Voici la méthode en 4 temps : avant l'entraînement, pendant l'entraînement, après l'entraînement, et le contexte global du quotidien.

1. Avant l'entraînement : la préparation

Selon ce que vous entraînez, vous aurez peut-être besoin de plusieurs séances pour y arriver. Faites-vous un plan des étapes et des critères de réussite à atteindre pour passer à la suivante. Ce sera beaucoup plus clair pour vous de savoir quoi faire, et vous aurez des attentes réalistes à chaque séance puisque vous saurez exactement quel résultat viser.

Respectez vos étapes : prenez le temps de les réaliser et de vous assurer qu'elles sont réellement acquises avant de progresser. C'est l'erreur la plus commune, sauter des étapes "parce que le chien est capable", pour finalement devoir revenir en arrière parce qu'il n'était pas si capable que ça.

Planifiez vos séances d'entraînement. Avoir un plan, c'est une chose, encore faut-il le mettre en pratique. Prévoyez des moments au quotidien pour vos entraînements. Par exemple, pendant que vous démarrez une brassée de lavage, faites 2 minutes d'entraînement (votre chien sera content de vous voir faire du lavage à la longue 😉), ou 5 minutes avant de laver la vaisselle. Créez des repères dans votre quotidien pour insérer ces courtes séances. Si votre chien est plus avancé, réservez plutôt un moment récurrent dans votre agenda pour des entraînements plus complets.

Commencez vos séances par un réchauffement, c'est-à-dire des comportements plus faciles pour votre chien, avant de progresser vers des étapes plus difficiles.

Les 4 paramètres à inclure dans votre plan (les 4 D)

Quand vous bâtissez votre plan, il faut aussi décider quel paramètre vous allez travailler à chaque étape, et à quel niveau vous commencez. On parle des 4 D :

  • Durée : pendant combien de temps le chien doit maintenir le comportement ?

  • Distraction : doit-il capable de le produire malgré d'autres éléments dans l'environnement qui le distraient et quelles sont ces éléments ?

  • Distance : à quelle distance de vous, ou de la distraction, doit-il être capable de produire le comportement ?

  • Diversification : le paramètre avec lequel les gens ont le plus de difficulté (moi y compris). Il s'agit de généraliser l'apprentissage : oui à différents lieux, mais aussi selon notre position (devant le chien vs à ses côtés, debout vs assis au sol), le moment de la journée, ou même la température (combien de chiens ont plus de difficulté avec leur rappel quand il pleut 🤯).

Une étude a d'ailleurs démontré que de simples changements dans la façon de donner une commande, comme ajouter un mot avant le signal habituel ou changer d'environnement, réduisaient significativement la réponse des chiens à des commandes pourtant bien connues¹. Ce n'est pas que votre chien "boude" ou "désobéit", c'est que l'apprentissage reste souvent lié au contexte précis dans lequel il a eu lieu, d'où l'importance de diversifier volontairement vos entraînements dès la planification.

2. Pendant l'entraînement : l'exécution

Quand progresser (le PDS)

Une fois votre plan établi et le paramètre du moment choisi (un des 4 D vus plus haut), il faut savoir quand l'augmenter ou le réduire pendant la séance elle-même. Ce n'est pas après un seul succès qu'on augmente nos critères, ni besoin d'attendre 50 réussites. Je recommande généralement d'augmenter la difficulté après 5 succès. Par exemple, si vous entraînez votre chien à aller sur son tapis et que vous êtes présentement à 2 mètres de distance, après 5 réussites, augmentez la distance (par exemple à 4 mètres). Si votre chien échoue 2 fois de suite, réduisez vos critères (dans cet exemple, revenez à 2 ou 3 mètres) pour lui permettre d'avoir du succès et rester motivé.

Cette règle est parfois connue sous le nom de PDS (Push, Drop, Stick), popularisée par l'entraîneuse Jean Donaldson² : on pousse (push) vers la difficulté supérieure après une série de succès, on revient en arrière (drop) après une série d'échecs, ou on reste à la même étape (stick) entre les deux.

Durée des entraînements

Erreur courante : faire des entraînements trop longs. Gardez vos séances courtes et motivantes. Vous pouvez même les intégrer à vos moments de jeu : on joue, on pratique un comportement, on rejoue, on entraîne de nouveau, et ainsi de suite. Vous aurez peut-être fait l'équivalent de 4 à 5 minutes d'entraînement dans une séance de jeu de 20 minutes, mais votre chien sera très motivé parce que c'est court et agréable.

Mieux vaut multiplier les petites séances que faire de longues séances. Permettre à votre chien de dormir entre les entraînements aide d'ailleurs beaucoup l'apprentissage : une étude a démontré que la performance des chiens à une tâche d'apprentissage s'améliore après une période de sommeil, un phénomène lié à la consolidation de la mémoire pendant le sommeil³. C'est une raison de plus de garder vos séances courtes et espacées, plutôt que d'enchaîner de longs blocs d'entraînement.

Gérer la motivation

Utilisez les principes de saturation et de privation pour vous aider. Par exemple, si votre chien aime une activité sans en être obsédé, réservez-lui des entraînements peu fréquents, mais très payants.

À l'inverse, si votre chien est trop motivé par quelque chose (la nourriture, par exemple), assurez-vous que ce besoin est déjà comblé avant l'entraînement. Vous pourriez par exemple faire vos exercices d'autocontrôle après le repas plutôt qu'avant.

Évidemment, utilisez ce que votre chien aime pour le motiver. La paie devrait être plus élevée quand la difficulté est plus grande, et pensez à varier les récompenses. Ça peut être de la nourriture ou du jeu, mais aussi des activités qu'il adore : pourchasser des écureuils, aller sentir une odeur en particulier, ou aller se baigner peuvent tout à fait servir de renforçateurs. Si votre chien reçoit toujours la même gâterie, il risque d'être moins motivé avec le temps que si vous variez de temps en temps. Cette idée que l'accès à une activité qu'on privilégie peut servir à renforcer un comportement s'appuie sur le principe de Premack, un concept classique de la psychologie du comportement⁴.

Type et position du renforcement

Si vous souhaitez un comportement calme, ne récompensez pas avec du jeu, mais avec de la nourriture. Si vous souhaitez du mouvement ou de l'accélération, utilisez le jeu ou le mouvement (pour les chiens très gourmands, rappelez-vous qu'une gâterie peut aussi être lancée, roulée, ou même pourchassée dans vos mains).

L'endroit où vous placez la récompense influence beaucoup le maintien du comportement. Par exemple, si vous entraînez un coucher, placez la récompense entre les pattes avant du chien pour éviter qu'il prenne l'habitude de se lever pour venir la chercher. Si vous entraînez la marche au pied, récompensez près du nez du chien, ou légèrement derrière vous s'il a tendance à trop avancer.

Un temps de réflexion

On est souvent pressé, on veut que ça avance ! Mais parfois, il faut laisser le temps à notre chien de réfléchir. Quand vous introduisez une nouvelle commande ou augmentez la difficulté, donnez à votre chien 3 à 5 secondes pour réfléchir au comportement à produire, avant de le guider. Par exemple, pour apprendre la commande vocale d'un comportement déjà guidé (au pied, par exemple), dites le mot, attendez 3 à 5 secondes, puis guidez la position au besoin. Au fil des répétitions, le chien comprendra que le geste suit toujours la commande, et finira par produire le comportement dès qu'il entend le mot, avant même d'être guidé.

Observer son chien

Parfois, nos chiens trouvent stressant d'apprendre de nouvelles choses. Si votre chien commence à montrer des signes d'inconfort, inutile de pousser la séance. Faites quelques répétitions d'un comportement plus facile et apprécié, puis arrêtez. Si vous avez déjà entraîné les soins coopératifs avec votre chien, vous pourriez même lui laisser accès à sa zone de repos, pour qu'il puisse s'y retirer quand il n'a plus envie d'être entraîné.

3. Après l'entraînement : l'analyse et la régularité

Si vous avez filmé votre entraînement, prenez le temps de le regarder pour voir comment vous pourriez vous améliorer. Enregistrer vos séances permet aussi de constater vos progrès, souvent plus facilement qu'en se fiant seulement à sa mémoire.

Soyez constant dans vos entraînements. Si vous entraînez votre chien une fois aux deux semaines ou aux deux mois, vous ne verrez pas beaucoup de progrès. Planifiez votre prochaine séance à partir du plan que vous aviez établi, et ajustez-le au besoin selon les progrès réels de votre chien.

4. Le contexte global : le chien au quotidien

Les entraînements sont importants, mais votre chien apprend en tout temps. Votre quotidien entretient la relation et bâtit la confiance entre vous, ce qui vous aidera à progresser encore plus par la suite.

Répondez adéquatement aux besoins de votre chien. Dépenser son énergie uniquement par le sport ou l'entraînement n'est pas suffisant. Votre chien a aussi besoin de ses promenades quotidiennes pour simplement être un chien : bouger, sentir, socialiser au besoin, etc., comme lors d'une promenade en liberté.

N'oubliez pas de gérer son environnement pour éviter qu'il produise les comportements indésirables que vous essayez justement de modifier. Ça vous aidera à progresser plus vite, comme expliqué dans nos 10 conseils pour l'éducation quotidienne.

En conclusion

Peu importe ce que vous entraînez, un tour de fantaisie, un rappel solide, ou la modification d'un comportement indésirable, ces 4 blocs (avant, pendant, après, et le contexte global) s'appliquent de la même façon. La méthode ne remplace pas le plaisir que vous avez avec votre chien, elle lui donne simplement un cadre pour progresser plus vite et de façon plus prévisible.

Besoin d'aide pour bâtir un plan adapté à votre chien ? Des cours de groupe et des consultations privées sont disponibles pour vous accompagner.

Questions fréquentes

Combien de temps devrait durer une séance d'entraînement ?

Une séance courte de 5 à 15 minutes suffit généralement, et peut même être répartie en plusieurs courts moments dans une journée. Mieux vaut plusieurs petites séances motivantes qu'une seule longue séance qui risque de démotiver votre chien.

Quand augmenter la difficulté d'un entraînement ?

Une bonne règle de base consiste à augmenter la difficulté après 5 succès, et à la réduire après 2 échecs consécutifs, en restant à la même étape entre les deux. Cette règle, parfois appelée PDS (Push, Drop, Stick), aide à garder un rythme de progression réaliste sans démotiver le chien.

Qu'est-ce que la généralisation en dressage canin ?

La généralisation, c'est la capacité d'un chien à produire un comportement appris peu importe le contexte : le lieu, votre position, le moment de la journée, ou la présence de distractions. Un chien ne généralise pas naturellement ses apprentissages, il faut l'entraîner volontairement dans différents contextes pour que le comportement devienne fiable partout, pas seulement à la maison.

Sources

1. Braem, M.D., Mills, D.S. (2010). Factors affecting response of dogs to obedience instruction: A field and experimental study. Applied Animal Behaviour Science, 125(1-2), 47-55.

2. Donaldson, J. (2013). Train Your Dog Like a Pro. Howell Book House.

3. Kis, A., Szakadát, S., Gácsi, M., Kovács, E., Simor, P., Török, C., Gombos, F., Bódizs, R., Topál, J. (2017). The interrelated effect of sleep and learning in dogs (Canis familiaris); an EEG and behavioural study. Scientific Reports, 7, 41873.

4. Premack, D. (1959). Toward empirical behavior laws: I. Positive reinforcement. Psychological Review, 66(4), 219-233.

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